Menton et les Grimaldi

Menton et les Grimaldi, un développement autour de l'agrumiculture

Rainier Ier de Monaco (Grimaldi) 1267-1314 seigneur de Monaco

Rainier Ier de Monaco (Grimaldi) 1267-1314
seigneur de Monaco

Les Grimaldi sont seigneurs de Monaco mais aussi de Menton (à partir de 1346) et Roquebrune. Cette dynastie va voir ses terres passer tantôt sous domination génoise ou savoyarde, tantôt espagnole ou française car elles constituent un enjeu militaire et commercial stratégique.

Au Moyen Âge, l'économie agraire fondée sur les cultures en terrasse repose sur la production des fruits (châtaignes, noisettes) de l'huile de noix, du vin et de quelques céréales.

Grâce au commerce momentanément autorisé avec le Comté de Provence est introduit l'olivier au XIVème siècle.

Peu à peu, sous l'impulsion des Grimaldi -qui perçoivent les droits de mer sur les navires, les droits à la chaîne sur les troupeaux et la gabelle- le commerce maritime se développe et Menton devient un petit port de commerce. Menton, à partir du XVème siècle, adopte l'agrumiculture, comme San Remo, et peu à peu en fait une spécificité propre aux échanges commerciaux. Il s'agit d'une activité vraiment lucrative, de ce fait elle est très encadrée -dès le XVIIème siècle et jusqu'à la Révolution- par le magistrat des citrons : conseil nommé par le prince pour surveiller la cueillette et le commerce des agrumes. Afin de protéger les vergers, on réglemente aussi les pâturages.

Au XVIIIème siècle, l'économie repose presque intégralement sur l'agrumiculture –Menton produit 9 espèces de citrons et 7 d'oranges - qui permet le négoce, d'où la volonté d'assurer la qualité de la production par un contrôle sanitaire officiel et confié au magistrat des citrons. C'est alors que l'huile d'olive devient la deuxième production (on fabrique 4 qualités d'huile : de celle destinée à la consommation alimentaire à celle utilisée par les savonneries). Ces deux agricultures vouées au commerce permettent le développement d'activités dérivées : la distillerie (production d'essence de citron et d'eau de fleur d'oranger) et la menuiserie (fabrication de tonneaux pour les huiles et citrons en saumure, fabrication de caisses pour le transport des fruits). Suite à la Révolution française, une partie des populations de Monaco, Menton et Roquebrune manifeste le désir d'échapper à l'autorité du prince, d'autant que le gel a endommagé les cultures de citrons et d'huile faisant régner la misère. Finalement, ces 3 villes sont rattachées par la Convention au département des Alpes-Maritimes en 1792, comme le Comté de Nice ; le régime seigneurial en faveur des Grimaldi est supprimé sans aucune indemnité.

Très vite la politique révolutionnaire anticléricale déplaît à Menton qui la suit avec paresse. Pendant l'Empire, on développe la voie routière vers Tende qui permet le commerce avec le Piémont. Mais, durant les dernières années de ce régime, la population est fortement éprouvée par les réquisitions des denrées et de fourrage, par les conséquences du blocus continental et l'insécurité sur les mers : une véritable disette sévit si bien que tout le monde accepte le retour au statu quo ante : par le traité de Paris (1814), Menton appartient de nouveau à la Principauté monégasque, la souveraineté des Grimaldi est restaurée et ce territoire placé sous protectorat sarde (dès 1815).

Limonières de Menton

Limonières de Menton

En ce début de XIXème siècle, Menton compte environ 4000 habitants, contre environ 1000 pour Monaco, la première assume les activités économiques et supporte les taxes tandis que la seconde se réserve le secteur administratif. À cela s'ajoute un gouvernement autoritaire qui ne laisse aucune initiative aux représentants locaux, autant de raisons pour entretenir une certaine animosité envers le Prince, desservi également par une économie fragile. En effet, il y a peu de récoltes vivrières et ce, en faveur d'une spécialisation dangereuse dans l'agrumiculture (sujette aux risques du gel) et l'oléiculture à la production irrégulière (un olivier produit bien un an sur deux) destinées à l'exportation. Pour lutter contre les périodes de disette, le Prince organise une distribution de secours alimentaires mais qui s'avère peu efficace.

Villes libres de Menton et Roquebrune, 1848

Villes libres de Menton et Roquebrune en 1848

Territoire de la Principauté de Monaco, avant 1860

Territoire de la Principauté de Monaco, avant 1860

Des émeutes font entendre La Marseillaise et finalement Menton et Roquebrune se proclament Villes Libres en mars 1848 ; peu après un décret en bannit le Prince monégasque. Mais cette question sera officiellement réglée par un traité international en bonne et due forme seulement en 1861 suite au référendum : le Prince renonce à tous ses droits sur les deux cités contre une indemnité de 4 millions de francs et la promesse de désenclaver Monaco par des voies routière et ferroviaire.